Je pense donc je grimpe.

jeudi 26 juillet 2012

PORTRAIT : DE LA (PRESQUE) CHAMPIONNE DU MONDE DE BLOC: CHLOÉ GRAFTIAUX

Bonjour Chloé Graftiaux, merci à toi de consacrer ton temps à cette interview pour Nospot. Alors, peux-tu te présenter brièvement pour ceux qui ne connaissent pas encore l'actuelle championne du monde de bloc ?


cl1Héhé, je ne suis pas encore championne du monde de bloc ! J’aimerais bien… Je suis Belge, ça va bientôt faire 4 ans que j’habite en France, j’ai fait 3 ans sur Grenoble et maintenant, je suis sur Chambéry. J’ai passé le Be d’escalade en France, je travaille un peu avec pendant la saison d’été. J’ai le diplôme de pisteur-secouriste aussi. J’aimerais passer le Be de guide l’année prochaine et dans le futur rentrer au GMHM ou au PGHM, si un jour j’arrive à avoir la double nationalité (belge et française).
A part ça, je vis de l’escalade et des compétitions. J’ai un contrat avec la Belgique en tant que sportive de haut niveau pour faire de très bons résultats en compétitions internationales.

Comment es-tu tombée dans la soupe et à quel âge as-tu commencé à grimper ?


Et bien avant de commencer à grimper, je faisais de l’athlétisme et pas mal de compétitions à l’âge de 8-10 ans. A l’époque, je stressais au coup de fusil au départ, j’en avais la boule au ventre la veille. Du coup, j’ai eu envie de changer de sport. Ma sœur était déjà dans le milieu de l’escalade. C’est comme ça que j’ai essayé ce sport, et j’ai tout de suite accroché ! J’ai commencé à l’âge de 11 ans en salle à Bruxelles.

Tu grimpes encore avec ta sœur ?


Et non, malheureusement, je ne grimpe plus avec ma sœur, elle a quasi arrêté de grimper, elle grimpe juste l’une ou l’autre fois pour le plaisir et emmener des copains. J’essaie des fois de la convaincre de venir en falaise avec moi, mais non, elle ne prend plus autant de plaisir qu’avant. Elle est dans un autre trip maintenant : la plongée...C’est bien, elle pourra m’initier !

Qu'est-ce qui a fait que tu as vraiment accroché à l'escalade ? Et quels plaisirs as-tu eu dès le début ?


Ha ça, je ne sais pas, je ne m’en rappelle plus. Mais je pense que j’ai dû aimer le fait de se donner à fond et de grimper le plus haut possible. J’adore la hauteur. Je me sens bien quand je suis à 30m ou à 1000m de haut. J’aime l’adrénaline que l’escalade me procure, me faire peur à 700m de haut dans une fissure à essayer de mettre un friends !

Quand as-tu commencé à te lancer dans la compétition ? Sous quelle condition ? Pourquoi t'être autant investie dans le milieu de la compétition ?


J’ai commencé la compétition très tôt, déjà en benjamine je participais à certaines petites compets. Quand j’ai eu 13 ans, j’ai commencé à faire les coupes d’Europe jeunes. Un an plus tard, je gagnais le championnat du monde en minime. Alors pourquoi arrêter alors que ça marche ? Et puis j’aime ça, je ne peux pas m’en passer, c’est comme une drogue !
J’ai toujours aimé la compétition, déjà quand j’avais 8 ans j’en faisais en athlétisme. Je pense que j’ai le caractère et le mental d’une compétitrice. Un caractère bien pourri quoi, jamais contente de soi, têtue comme une mule...Bref, ce qu’il faut pour être un champion.

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Aujourd’hui, comment t’entraînes-tu ? As-tu un coach ? Un bon groupe d’ami (e)s grimpeurs ?


Alala, les coachs et les entraineurs, j’en ai essayé des tas, mais ça ne me convient pas ! J’ai besoin d’être libre et de faire ce que j’ai envie. Si je veux aller en montagne quelques jours avant une compétition, j’y vais ! Maintenant, je me connais bien, et j’arrive à savoir si j’ai besoin de repos ou autre. Je grimpe avec pas mal de grimpeurs différents, et ce ne sont pas forcément des grimpeurs forts ou des compétiteurs mais juste des bons amis avec lesquels je m’amuse.

Est-ce que tu trouves qu'il y a une approche différente de la grimpe lorsque l'on est une femme? En tant que femme, quel reproche et quel commentaire positif as-tu à dire ?


Non, je ne trouve pas qu’il y a une approche différente, par contre on se sent plus regardée lorsqu’on est une fille qui grimpe bien, pareil en montagne. Le truc positif aussi lorsqu’on est une fille, c’est que c’est bien plus facile de trouver du monde pour grimper ou aller en montagne ! Un des trucs que je reproche à certaines personnes, c’est qu’ils croient, vu qu’on est des filles, qu’on n’est pas capable de faire telle ou telle choses, alors que c’est faux…

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Comment voit-on la petite Belgique dans le monde de la compétition internationale ? Est-ce que l'on te colle l'étiquette: "Muriel S. II" ?


En Belgique, on me collait souvent cette étiquette, Chloé Graftiaux, étant la relève de Muriel Sarkany, etc…Mais en France, ce n’est pas du tout le cas. C’est Chloé, « la plus française des grimpeuse Belge ». Et à l’étranger, on ne me compare pas trop à Muriel Sarkany. Je pense que c’est parce que moi, je fais le bloc et Muriel de la diff. D’ailleurs à plusieurs compétitions, ils se sont gouré en me présentant, en disant que j’étais française.

En tant que professionnel de la grimpe, combien de temps consacres-tu à tes entraînements, comment se passe tes semaines ?


chloe-graftiaux-portrait1Hé bien je consacre quand même beaucoup de temps à l’entraînement, tu ne peux pas te permettre d’arrêter trop longtemps ! En général, je grimpe 4 à 5 fois max par semaine (en salle et en extérieur en variant les styles et les endroits : bloc, voies,…). Le reste du temps je me repose, j’écris des articles, je réponds à des interviews, je vais en montagne, je skie ou fait du dry en hiver.

Finalement, comment vit-on comme escaladeuse professionnelle ? Comment se passe la saison hors compétition et compétition ?


Hé bien, la saison dure plus ou moins d’avril à juillet, le gros des compétitions se déroule pendant ces 4 mois. Avant la saison, ça demande une bonne grosse préparation d’au moins 3 mois. Faut être prêt au bon moment ! Pendant la saison, on n’a presque pas de temps pour soi, on voyage sans arrêt, je ne rentre quasi pas chez moi, bref c’est bien fatiguant. Il faut réussir à gérer l’entre-compétition. Hors saison, je fais des trips d’escalade ou de montagne, je me forme aussi de temps en temps. Faut bien se préparer un jour ou l’autre à la reconversion ! Mais en hiver, j’enchaîne aussi sur les coupes du monde d’escalade de glace aussi. Cela demande également une bonne préparation.

On a constaté que ces derniers mois, tu as comme fait une progression énorme sur le plan international avec de beaux palmarès et de beaux projets, qu’est-ce qui explique cela ?


Je me suis déjà posé beaucoup de questions, à essayer de comprendre pourquoi ça marche bien cette année, plus que les autres. Et bien j’ai du mal à trouver les réponses ! Car franchement, je n’ai rien fait de plus. Peut être que j’ai acquis maintenant un bon niveau d’expérience en compétition et aussi une plus grosse confiance en moi et en mes capacités ! Je pense que c’est surtout mentalement que j’ai progressé !

On a aussi constaté que tu mixes différentes disciplines qui touchent de près ou de loin à l’escalade ? Pourquoi ? Cela donne t-il une dimension supplémentaire à ta pratique, ex : la gestion du stress ?


Parce que je ne pourrais pas me satisfaire juste de l’escalade, j’ai besoin de toucher à tout, de faire du bloc, de la falaise, du dry tooling, de la glace, de la montagne. C’est ce que j’aime !

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Je pense que ça ne joue pas mal. Car il y en à du stress en montagne ! Quand tu es 10 m au dessus du point et que tu ne peux rien mettre jusqu’au relais qui est un peu plus haut au dessus de toi, que tu es dans une dalle et que tu as les pieds tout mouillés, il en faut de la concentration et de la gestion de soi ! Dans ces cas là, tu ne peux que compter sur toi-même, respirer un bon coup, et repartir et surtout ne pas paniquer…

Continues-tu tes études universitaires à Louvain ? La combinaison n’est pas trop difficile ?


cl7Hé bien ça fait longtemps que j’ai arrêté ! J’ai juste fait les ¾ de la première année de kiné. J’avais décidé de partir m’installé en France pour passer les formations de BE escalade et BE guide.

Un conseil pour les jeunes grimpeurs et grimpeuses qui voudrait comme toi cartonner en compétition ou simplement devenir bien meilleur ?


Se faire plaisir ! Bouger pas mal dans différents spots de grimpe pour acquérir un grand panel gestuel, rencontrer et grimper avec un max de personnes différentes. Surtout avec des grimpeurs qui te poussent vers le haut, pour ça, grimper avec des plus forts, fait vachement progresser !

Quels sont tes futurs projets en escalade, alpinisme, etc. ?


Je pars en Expédition en Inde en septembre avec le groupe excellence alpinisme national de la FFCAM. On va essayer de faire dans le massif du Garwal, un des sommets de la chaine des Baghirathis, un 6400m. En escalade, j’aimerais partir en Patagonie faire des bigwalls.

Un rêve que tu veux absolument réaliser ?


J’aimerais bien faire un tour du monde, à la recherche des plus belles parois, des bigwalls et des montagnes du monde, rencontrer du monde, différents styles et modes de vie.

Ton style en grimpe ?


Dynamique, force, grimpe à l’instinct. J’adore les arquées et je n’aime pas trop les plats. Je ne suis pas fana des dalles, et j’aime trop les fissures !

Ton idole ?


Les frères Hubert, pour tous ce qu’ils font ! Mis à part leurs réalisations, j’aurais bien aimé qu’il y ait autant de complicité et de partage avec ma sœur et qu’on ait les mêmes projets en tête et qu’on les réalise ensemble…

Ton plus beau souvenir en grimpe ?


Lors de ma 1ere place au championnat du monde en 2002, je m’en rappellerai toujours et aussi l’ascension de Freerider à El Capitan, avec Cédric Lachat.

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Ta plus grande peur ?


Et bien, je n’en ai pas vraiment. Si… il y a bien une chose dont j’ai peur, la caméra et parler devant un grand public

Pour ou contre l’escalade aux J.O ?


Pour, bien sûr, j’adorerais un jour y participer en tant que grimpeuse !

Merci Chloé! Et pou tout ceux qui veulent en savoir plus sur toi: http://www.chloegraftiaux.com

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